- Jardin Isui-en à Nara. Pour en savoir plus sur Nara, cliquez ici.
« Les Japonais ont une façon très particulière de concevoir l’art des jardins. Ils n’admettent ni les massifs de fleurs, ni les parterres réguliers, et n’attachent d’importance qu’au pittoresque. Un jardin japonais est le plus souvent la reproduction en miniature d’un site célèbre par sa beauté : on distingue le genre torrent de montagne, le genre Océan rocheux, le genre vaste rivière, etc. Ce sont de petites rivières, de petits ponts, des rochers et des montagnes en miniature, des arbres en raccourci, dont on a, avec une patience infinie et une ingéniosité remarquable, comprimé la sève. De sa maison largement ouverte sur le jardin, le Japonais observera avec recueillement l’image réduite d’un site grandiose qu’il aura eu l’occasion d’admirer. Ajoutons que les clôtures sont assez hautes pour protéger des regards indiscrets. »
- Sous la dir. d’MARTIN Henry, L’art japonais, Paris, Librairie d’art R. Ducher, 1926.
A l’origine les premiers jardins que l’on trouve au Japon sont les espaces sacrés qui entourent les temples. Ils étaient conçus, par les religieux bouddhistes, sur le modèle chinois.
Les nobles de la Cour ainsi que l’empereur avaient depuis longtemps un jardin à proximité de leurs demeures. Telle l’impératrice Suiko dont le palais se trouvait au milieu d’un jardin.
Il existe différents types de jardins japonais, mais on peut trouver dans chacun quelques caractéristiques d’ordre générale: la reproduction d’un paysage naturel plus ou moins stylisé, l’absence de toute symétrie, une séparation de l’extérieur par un muret ou une rangée d’arbres.
Les plus anciens jardins japonais sont apparus à l’époque Nara, ils étaient inspirés des jardins chinois construits autour d’un lac pour figurer un paysage.
« Au sud-est, les collines étaient hautes et plantées d’une profusion d’arbres à floraison printanière, le dessin de l’étang lui conférait un charme mystérieux, et pour les parterres proches du bâtiment, l’on avait recherché tout ce que l’on admire au printemps, mélèzes, pruniers rouges, cerisiers, glycines, corètes, azalées des rochers, auxquels se mêlaient, discrètement, des touffes de fleurs d’automne.
Aux quartiers de l’Impératrice, sur les collines qui étaient là de tout temps, l’on avait planté des arbres dont le feuillage revêtirait les couleurs les plus rutilantes, l’on y avait tracé un long ruisseau qui amenait les eaux d’une source limpide, parsemé de rochers qui en amplifiaient le bruit, coupé de cascades, au travers d’une vaste lande automnale qui, en cette saison, se couvrait d’une profusion de fleurs aux multiples couleurs. Les champs et les monts des bords de l’Ôigawa à Saga n’eussent pu soutenir la comparaison.
Au nord-est était une source fraîche, et l’on avait recherché les ombrages de l’été. Les parterres proches étaient plantés de bambous de Kuré qu’une brise fraîche semblait parcourir ; de arbres altiers, qui formaient comme un bois, évoquaient par leur épaisseur un agréable séjour de montagne ; une haie vive où s’épanouiraient les deutzies, entourait le jardin où l’on voyait l’oranger qui éveille le souvenir du temps jadis, l’églantier, l’œillet, le kutani et maintes autres fleurs, auxquelles se mêlaient les herbes et les arbres du printemps et de l’automne. Sur la partie orientale du terrain, l’on avait construit la tribune d’un champ de course délimité par des barrières, destiné aux jeux de la cinquième lune, et sur l’autre rive de l’étang aux berges couvertes d’iris, se dressaient les écuries, où l’on avait logé des coursiers qui n’avaient leur pareil.
Le quartier du nord-ouest était coupé au nord par un mur de terre derrière lequel se trouvaient les magasins. Contre le mur de séparation étaient plantés des bambous de Chine et des pins en rangs serrés, disposition qui permettrait d’admirer la neige. Il y avait encore des palissades garnies de chrysanthèmes, dont le givre des premiers matins d’hiver aviverait les couleurs, un bosquet de chênes orgueilleux, et bien d’autres arbres encore du fond des montagnes, dont je ne sais trop les noms et qui, transplantés tels quels, formaient une forêt épaisse.»
- Murasaki Shikibu, Le dit du Genji, traduction de René Sieffert, POF, 1988.
- Jardin sec du Ryôan-ji à Kyoto. Pour en savoir plus sur Kyoto, cliquez ici.
A partir de l’époque Kamakura l’influence du militarisme modifie la façon de concevoir les jardins. Ils ne sont plus imaginés que pour la promenade. Avec l’influence du bouddhisme le jardin deviendra un lieu de méditation mais aussi un support à la méditation, une sorte de jardin refuge.
Le jardin sec se compose généralement d’étendues de sable ou de gravier, samon, sur lesquelles sont disposées des pierres. Cette étendue, en général de gravier de granite, peut-être entourée de végétation. On peut aussi trouver sur les pierres, celles disposées sur l’étendue minérale, des plantes (lierre, pins, mousse..).
Sur les mers de sable des jardins zen sont souvent tracés des dessins géométriques. Cette pratique trouve sans doute son origine dans les images de sables colorés que les bouddhistes réalisent pour honorer les bienheureux.
- Jardin sec du Ryôan-ji à Kyoto.
Le plus connu des jardins sec est sans doute celui du temple de Ryôan-ji, le temple du « dragon paisible », à Kyoto appartenant à la secte zen Rinzai-shû. Le temple fut fondé en 1450 par Hosokawa Katsumoto (1430-1473) pour y installer un religieux. On ne connaît pas avec précision la date de création du jardin ni le nom de son créateur, peut-être Sôami en 1455. Le jardin sec, karesansui, s’étend sur une surface de 200 mètres carrés (23 m de long sur 9 de largeur). Il est composé d’une étendue de sable, ratissée de manière à figurer des vagues, sur laquelle ont été disposées quinze pierres, îles, d’aspects différents. Vu de la plateforme du temple les rochers sont disposés en arc de cercle selon le rythme 3-5-7 ou 3-2-3-2-5 qui crée un équilibre asymétrique. Cette disposition est sujette à de très nombreuses interprétations faisant appel entre autre à la mythologie bouddhiste. On ne peut apercevoir de la plateforme l’ensemble des roches. Cela est voulu car l’on considère que la symétrie et l’excès de perceptions visuelles nuisent à la concentration. Ce qui explique aussi l’existence de plusieurs points d’observation.
Sur les mers de sable peuvent parfois se dresser des cônes tronqués et des pyramides. L’un des exemples le plus célèbre est le cône tronqué du Ginkaku-ji, le pavillon d’Argent. La construction de ce dernier fut décidée en 1473 par Ashikaga Yoshimasa, huitième Shogun de sa lignée. En 1490 à la mort du Shogun cette villa est transformée en temple zen. Au XVII éme siècle Miyagi Toyomori adjoint au pavillon une mer de sable et le cône tronqué. Celui-ci est appelé Kôgetsudai, tourné vers la lune, qui reflète la lune.
Par la suite sous l’impulsion des maitres Zen sont apparus les kanshô-niwa, (jardins de la contemplation) dans lesquels les moines pouvaient se promener.
Cône tronqué du Ginkaku-ji à Kyoto
Ces jardins sont conçus dans le but de reproduire un paysage miniature, ainsi Tsukiyama signifie « colline artificielle ». Le jardin paysager et un jardin qui se parcourt, offrant ainsi au promeneur différents points de vu. Chaque élément à une signification particulière. Par exemple, les lanternes qui servaient originellement à éclairer le chemin sont devenues des objets de décorations qui symbolisent la présence de l’homme dans la nature, mais aussi que l’illumination bouddhiste est toujours possible.
De nombreux jardins paysagers ont été aménagés pour recevoir un pavillon de thé. De fait, il existe une catégorie hybride de jardin fusion de ces deux types de jardins.
Tokugawa Ieyasu (1542-1616) fit construire en 1603 à Kyoto le palais Nijô-jo. En 1633, Kobori Enshû créait les jardins Sento attenant au palais. A l’époque, ce type jardin représentait une innovation certaine par l’importance du nombre de rochers utilisés et par leurs volumes.
- Jardin du chateau de Kyoto
- Jardin du chateau de Kyoto
Apparu dans la foulée de la cérémonie du thé, ce style fut lancé par Kobori Enshu maître de la cérémonie du thé et architecte. Le jardin de thé proprement dit comporte plusieurs pavillons reliés entre eux. Le but du jardin de thé est de procurer à son visiteur un plaisir esthétique et visuel. Son agencement doit évoquer le calme et la sérénité. Un des éléments central de ce type de jardin est le sentier, formé de pierres espacées, qui mène au pavillon de thé.
+ Liens
- Glossaire en anglais :
http://learn.bowdoin.edu/japanesegardens/glossary.html
- Un beau site en français :
http://www.fujijardins.com/