Plan (cliquez
sur les titres) :
B. L'apparition de l'ukiyo-e : un contexte spécifique
C. La xylographie, procédé de reproduction de l'estampe
« Nous ne vivons que pour l’instant ou nous admirons la splendeur du clair de lune, de la neige, des fleurs de cerisiers et des feuilles colorées de l’érable. Nous jouissons du jour, enivrés par le vin, sans nous laisser dégriser par la misère qui nous fixe de son regard. Dérivant comme une calebasse emportée par le courant de la rivière, nous ne nous laissons pas décourager un seul instant. C’est ce qu’on appelle le monde flottant et éphémère.
»
- Asai Ryoi, Récit du monde éphémère des plaisirs, Kyoto 1661.
In : Franz Winzinger, Shunga, catalogue d’exposition, Nuremberg, 1975.
« Au talent, au génie de ses peintres graveurs, le Japon doit le privilège d’un art réaliste sans platitude, poétique sans niaiserie, populaire sans vulgarité. »
- CHALLAYE Félicien, Le Japon illustré, Librairie Larousse, Paris, 1915 (?).
L’ukiyo-e « image du monde
flottant » est le nom d’une école
picturale qui domine l’art de l’estampe
à l’époque d’Edo (1603-1868).
L’expression de « monde flottant »,
ukiyo, apparaît au Moyen-âge
dans le vocabulaire bouddhique pour désigner le monde de
douleur qu’est la vie humaine avec tout ce qu’elle
a de transitoire et d’impersonnel. Au XVIIème
siècle, la signification de cette expression change
totalement de son sens premier, puisqu’elle sert à
évoquer le théâtre
kabuki et les prostituées. Le terme
ukiyo apparaît pour la première fois
dans la littérature vers 1661 (ou 1665). Et le terme
ukiyo-e apparaît vers 1680 pour
désigner le mouvement artistique
spécialisé dans l’évocation
de ce monde des plaisirs.
- Taigaku, Scène de neige, vers 1820.
La naissance de l’ukiyo-e est due en
grande partie au contexte politique du début de
l’époque Edo. Au XVIIème
siècle, le Japon est un pays pacifié et
unifié. Les aristocrates montrent leur puissance dans le
faste et de manière pacifique, ce qui laisse au peuple une
certaine liberté dont il profite pour créer ses
propres modes et formes de divertissement. Si un nouvel ordre social a
vu le jour, il n’en reste pas moins que le système
féodal très hiérarchisé
demeure et les distinctions sociales continuent
d’être marquées. Les citadins
désirant se libérer de cet ordre pesant
souhaitent la création de lieux où ils pourraient
être enfin exempts des contraintes provenant de la division
rigide entre les classes. C’est dans un de ces lieux que nait
en 1603 le théâtre
kabuki crée par Izumo no Okuni.
C’est dans ces endroits (théâtres,
maisons de plaisirs) que l’essentiels des sujets des
ukiyo-e seront tirés. Au
début de l’ère Edo la capitale est
déplacée de Kyoto à Edo petite ville
de l’Est. Ce déplacement nécessite la
construction d’une ville nouvelle qui est rapidement
entreprise : le château du Shogun est bâti en plein
centre et des terres sont gagnées sur les
marécages de la région de Tsukiji. Un grand plan
d’urbanisme permet d’y édifier les
résidences des
daimyo et des bushi ainsi que
des temples et un réseau d’habitations. Les
travaux donnent du travail à une foule d’artisans
et d’ouvriers venus des environs et du reste du pays. Les
marchands et les commerçants assurent
l’approvisionnement en denrée de la population qui
s’accroît rapidement. Ce qui entraîne la
formation d’une classe bourgeoise. L’afflux de
travailleurs et de voyageurs de sexe masculins fait d’Edo une
ville de célibataire qui cherche à se
détendre et à se divertir. C’est cette
quête qui entraîne la multiplication
d’établissements
spécialisés. En 1657 un incendie ravage la ville
de Kyoto, Edo désormais sans rival devient le premier centre
artistique du Japon.
L’estampe est produite par xylogravure (gravure sur bois).
Première étape, le dessin à reproduire est recopié au petit pinceau fin sur du papier transparent, hanshita-e. Puis le graveur humidifie cette feuille et la place sur une planche de bois. Celle-ci généralement du cerisier, bois compact et souple, a été préalablement lissée, glacée au rabot. Le graveur creuse alors le bois de ses outils. En tout, il n’en utilise que cinq ou six : il commence par délimiter le noir et le blanc en suivant les deux bords d’un trait à l’aide d’un couteau très affilé, il se sert de deux gouges pour évider les fonds en cuvette et enfin, il utilise un petit ciseau pour achever le dégagement du trait. Le trait sur le bloc de bois se trouve donc en relief. L’opération de gravure demande une grande habilité de la part de l’artisan qui doit reproduire toute les nuances du dessin. Une fois gravée, la planche de bois, est transmise à l’imprimeur.
Cet artisan pour imprimer les estampes a le choix entre deux sortes de papiers. Le plus épais, masa, pour les estampes les plus luxueuses ou le moins épais, hosho, pour les estampes de moindre valeur. Ces deux papiers sont faits à partir de la plante du mûrier. Une fois le papier choisi, la planche est encrée avec une couleur délayée à l’eau et mêlée à de la colle de riz. Ce mélange est appliqué sur la planche dans le sens du fil du bois à l’aide d’une brosse plate. Puis, l’imprimeur humidifie le papier et presse la feuille sur la planche avec un tampon rond, baren, d’environ 13 centimètres de diamètre. Pour les estampes polychromes, chaque couleur nécessite une planche. Celles-ci sont pressées tour à tour sur la même feuille qui donnera l’estampe. La dernière planche pressée est celle qui marque les contours noirs sur les aplats de couleur.
Ce procédé de fabrication a l’avantage de permettre la reproduction d’image en série à un coût réduit. Cette technique conditionne plusieurs éléments de la composition de l’estampe. Ainsi, son format se trouve défini par celui de la planche de bois. Les différents formats de l’estampe sont :
En longueur :
- l’Ôban (35×30cm)
- le Chyûban (30×22cm)
- le Koban (25×16cm)
- le Hosoye (30×15cm)
- le Kakemonoye (55×28 cm)
- l’Hashirakahhushi (65×15cm).
En largeur :
- le Makimonoye (75×20cm)
- l’Oban yokoye (65×45cm)
- le Yokoye (50×30cm)
Ensuite, la taille du bois exige un dessin elliptique (ce qui rompt avec les nuances habituelles que peut offrir un pinceau) et enfin, pour maintenir une certaine harmonie et par nécessité technique, le nombre de couleurs est dans un premier temps limité. En ce qui concerne le coloris, la polychromie apparaît vers 1742 et la pleine polychromie à partir de 1765.
1- Le papier sur lequel est dessinée la composition est appliqué sur la planche de bois. Pour permettre à l’artisan de voir mieux les lignes de la composition au travers de la feuille, celle-ci peut être enduite d’huile.
2- En utilisant un couteau, l’artisan trace des sillons sur la planche en suivant les lignes dessinées sur la feuille.
3- A l’aide d’un ciseau à bois l’artisan creuse les espaces entre les lignes.
4- L’artisan enduit d’encre les parties évidées.
5- La feuille sur laquelle sera imprimée l’estampe est posée sur la planche de bois encrée. Elle a été préalablement gardée humide. L’artisan utilise alors le baren pour presser la feuille sur la planche par des gestes circulaires.
6- Cela cause l’impression sur le papier. L’artisan n’a plus qu’à retirer délicatement la feuille pour éviter toute bavure.
Au XVIIème siècle l’estampe sert
d’abord à l’illustration
d’ouvrages, puis peu à peu elle prend le pas sur
le texte pour devenir une feuille indépendante ou
séparée
(ichimai-e). C’est au XVIIème
siècle, à Edo, qu’apparaissent les
premières
ichimai-e. Tous les thèmes sont
abordés, mais ceux relatifs aux acteurs de
théâtre kabuki et aux
célébrées beautés de la vie
nocturne sont les deux thèmes les plus illustrés
car se sont les plus demandés par la bourgeoisie
d’Edo qui idolâtre nombre de leurs
représentants. Le
bijin-ga est la représentation de jolies
femmes : geishas, courtisanes ou serveuses de maison de thé.
Les
yakusha-e représente les acteurs de
kabuki dans des rôles populaires. Au
XIXème siècle deux nouveaux thèmes
apparaissent. Le premier est celui du paysage, dans le quel Hokusai
innove en 1830, le second est celui des héros historiques.
Les shunga étaient au XIIIème siècle des religieux bouddhistes peintres d’images sacrées au Jingo-ji et au Kôzan-ji à Kyôto.
Durant l’époque Edo le nom de shunga « image du printemps » s’applique aux estampes qui ont un sujet à caractère érotique ou pornographique. Les Japonais contrairement aux européens de la même époque n’ont pas de tabous vis à vis des relations sexuelles. Ils les considèrent comme quelque chose de normal et les assimiles aux autre actions de la vie courante. Les premiers livres illustrés de pratiques sexuelles sont apparus à l’époque Nara et étaient appelés
osokuzuzu no e « images des positions ». L’un des plus célèbres albums, le
Yôbutsu Kurabe « Concours de phallus », attribué à Toba Sôjô, montre les relations intimes des nobles de la cour impériale.
Avec l’apparition de l’estampe ukiyo-e à l’époque d’Edo le genre
shunga se développa à partir de 1660 sous le nom d’ukiyo-e shunga. L’une des caractéristiques du genre
shunga est de dépeindre les organes génitaux masculins de manières exagérément agrandie. Cette disproportion souligne que les
shunga ont aussi une vocation humoristique, ils furent ainsi parfois appelés
warai-e « images pour rire ». Il faut aussi tenir compte du texte qui accompagne l’image, il éclaire l’image et invite souvent le spectateur à la gaité par un jeu de mots ou une anecdote. En 1722 un décret du shogun Yoshimune Tokugawa interdit toutes les œuvres qui portent atteinte à la moralité, d’autre interdictions, toujours contournées, suivront ainsi les lois régissant l’édition de 1790 interdisent les images érotiques. Dés lors les
shunga ne sont plus signés et surnommés abuna-e « les images dangereuses
». Les shunga servirent aussi illustrer les keisei-mon « livres sur les prostituées
», guides des maisons closes
De grands maitres pratiquèrent ce genre. Le premier d’entre eux Moronobu (1618-1694) publie en 1670 un livre ou le texte est quasiment absent «
wakoku bijin asobi ». Un autre exemple célèbre est celui d’Utamoro qui fit entre autre trois grands recueils d’estampes érotiques :
Utamakura « Le poème de l’oreiller », Negai no itoguchi «
Prélude au désir » et Ehon komachibiki «Guide illustré des jeunes citadines ».

- Shunga d'Harunobu (vers 1725-1770)
Si Edo est le principal centre de production des estampes, Osaka
devient à la fin du XVIIIème siècle un
centre de production qui prend de l’ampleur. Les sujets
abordés se limitent au monde du spectacle mais les estampes
sont d’une grande qualité. Au fur et a mesure
qu’elles deviennent accessibles, la haute bourgeoisie
d’Edo se détourne de l’estampe
commerciale, pour se tourner vers des éditions
privées extrêmement luxueuses
généralement pourvues d’un texte, les
surimono. Cette production marque la collaboration
entre poètes et artistes, car le texte des estampes
correspondait souvent en une série de
kyoka « poésie folle
», parodie du tanka qui usait
d’un vocabulaire recherché.
La majorité des artistes ukiyo-e
avaient une formation de base fort complète, acquise non
seulement au sein du mouvement, mais aussi au contact des
écoles classiques Tosa et Kano.
Biographies:
- Kitagawa Utamaro (vers 1753-1806)
Il est né en 1753 à Kawagoe qu’il
quitte à la mort de son père pour Edo. Dans cette ville
il se forme sous la direction de Toriyama Sekien (1712-1788),
poète et peintre de l’école Kano, qui ouvre vers
1770, une école où l'on enseigne entre autre le style de
l'ukiyo-e. Entre 1775 et 1780 il illustre des petits livres populaires de nouvelles ou de pièces de théâtre
kabuki, les kibyoshi. Vers 1779, il est remarqué
par l'éditeur Tsutaya Juzaburo, grand protecteur des artistes,
il quitte alors son vieux maître et part s'établir
auprès de son nouveau mécène qui habite une maison
situé prés de l’entrée du quartier de
Yoshiwara. Il y restera jusqu'à la mort de ce dernier, en
1797.
Ses premières estampes ont pour sujets des légendes et
des scènes dans les quartiers de plaisir, l'influence de
Harunobu et d'autres artistes contemporains, tel Katsukawa
Shunshô (pour les portraits d’acteurs), est manifeste.
Après la mort de Sekien, en 1788, Utamaro se considère
comme un artiste indépendant. Cette même année il
réalise un livre composé d’un ensemble de douze
oban érotiques, « Ehon Utamakura » (Le Poème de
l'oreiller),
c’est l’un des ouvrages le plus parfait et le plus
raffiné dans son genre. Il est aussi l’auteur de livres
illustrés en couleurs qui se caractérisent par la grande
précision des animaux représentés :
Le Livre illustré des insectes (1788), Les Dons de la marée basse (1789),
Les Poèmes satiriques sur les oiseaux (1790).
De 1788 à 1800 environ Utamaro se consacre à l'un des genres spécifiques de
l'ukiyo-e: la peinture des jolies femmes (bijin-ga),
qu’il porte au rang de chef d’œuvre. A ses
débuts, il est influencé par Kiyonaga (il adopte le type
élégant de ses représentations féminines
tout en y ajoute un peu d’érotisme et de psychologie
féminine), mais très vite son style propre s'affirme
révélant son génie. Il est aussi l’un des
rares artistes japonais à oser faire des nus. Sa production est
très importante, il travailla durant cette période pour
une quarantaine d'éditeurs. Il illustre tous les aspects de la
vie féminine à Edo : les fêtes, les jeux, les
excursions aux différentes saisons, les scènes dans les
quartiers de plaisir. Mais c'est surtout la femme dans sa vie intime
qui l'intéresse. Il excelle dans la représentation de la
femme dans son intérieur, avec un enfant, dans ses
activités, etc.… Ses séries les plus
célèbres sont :
Les Douze Heures des quartiers de plaisir, où l'on voit les courtisanes au repos, à la toilette, au coucher ;
Les Encres de cinq couleurs du pays du Nord, allusion à un club de poésie au Yoshiwara ;
Les Douze Heures des maisons vertes, Le Miroir choisi des occupations féminines,
etc.… Utamaro se distingue à partir de 1791 dans un autre
genre, celui des portraits « à la ressemblance »
(nigao-e), pour lesquels il utilise, des portraits en buste ou de grandes têtes
(okubi-e). Il produit dans ce genre plusieurs séries tel : Les Dix Études de physiognomonie féminine,
Les Dix Types de visages féminins, dans les
qu’elles il dévoile la psychologie de ses personnages au
travers de leur expression donnée à un moment
précis. Il aborde aussi un genre différent avec la
série de
Yamauba et Kintaro (la femme de la montagne et
l'enfant qu'elle a recueilli) qui met l'accent sur la beauté des
chairs blanches contrastant avec la longue et fine chevelure
noire.
Au sommet de son art, dans les dernières années du
siècle, Utamaro se caractérise par la richesse et
l'harmonie de sa gamme chromatique aux nuances subtiles
qu'équilibrent de larges masses noires. Ses fonds se
réduisent le plus souvent à une teinte jaune unie,
scintillante de mica ou de poudre d'or, qui fait ressortir le dessin
ferme des sujets. La recherche du réel le conduit parfois
à cerner les chairs de rouge léger au lieu de noir, ou
à s'abstenir de tout contour pour délimiter le galbe des
visages et des bras. Ses compositions sont très
recherchées et se signalent par le dynamisme des groupements et
par la continuité de la ligne. Enfin, il utilise toutes les
ressources techniques du
nishiki-e, usant en particulier d'effets de transparence qui
accentuent l'impression de profondeur et conduisent à de
délicates variantes dans les tonalités : femmes sous une
moustiquaire, femmes examinant un tissu léger qui les dissimule
en partie, etc.
Peut de temps avant sa mort en 1804, il fut emprisonné durant
trois jours puis libéré et condamné cinquante
jours de carcan. La raison de cette peine est un triptyque ou les
autorités crurent voir une satire de la vie à la cour du
Shôgun ou (autre version) une allusion au héros national
du XVIe siècle, Hideyoshi. Il meurt à Tokyo deux ans plus
tard.
Sur ses œuvres de 1775 à 1780 il signe Toyosho ou Toyoaki
et à partir de 1781, il adopte le nom d'Utamaro, signant d'abord
Utamaro ga (peint par), puis Utamaro hitsu (du pinceau de).
Il écrivit aussi des poèmes kyôka sous le nom de Fude no Ayamaru.
Il eu une grande influence et fut connu jusqu’en Europe ou il
compté parmi ses admirateur des artistes célèbres
tel Toulouse-Lautrec (1864-1901). Edmond de Goncourt (1822 –
1896) publia la première biographie sur lui en 1891.
- Utamaro, Tatsu no koku (l'heure du dragon), Suite: Seirô jûni toki tsuzuki (les douze heures des maisons vertes), vers 1794, editeur : Tsutaya Jûsaburô, 36,4*23,8 cm.
- Katsushika Hokusai (1760-1849)
Hokusai est né à Honjo Warigesui dans la banlieue d’Edo le 12 octobre 1760. De ses parents l’on ne sait rien. A trois ans il est adopté par Nakajima Ise un fabricant de miroir. En 1772 il travail brièvement pour une bibliothèque publique. A 13 ou 16 ans il devient apprenti graveur sur bois. A 18 ans (ou 19 ans) il entre dans l’atelier de Katsukawa Shunsho (1726-1792), un des grands maitre de l’époque. En 1779 ses premières estampes sont des séries de portraits d’acteurs et de lutteurs dans le format
hosoban. A partir de 1789 il fit des illustrations de romans de Santo Kyoden et de Kyokutei Bakin. C’est durant cette période qu’il est remarqué par l’éditeur Tsutaya Jûzaburô. De 1796 à 1805 il s’intéresse aux illustrations pour les
surimono (estampes de vœux, faire-part…). Dans les années 1796-1799 il prend le nom d’Hokusai « studio du nord », en hommage à Myôken divinité bouddhique représentant l’étoile polaire. De 1798 à 1805/1806 il publie une série de portraits de femme et des illustrations de livres tels que «
Chants d’ Itako » ou « Sites célèbres de la capitale de l’Est ». Vers 1805 il commence l’étude de la peinture chinoise transposé par Kyokutei Bakin dans des ouvrages tels que Chouei-hou-tchouan, «
Au bord de l’eau » un roman de cape et d’épée. En 1812 il fait son premier voyage dans la région de Kyoto et de Nagoya ou il conçoit son projet de
Manga, parut à Nagoya en 15 volumes de 1814 à 1834 sous le titre de Hokusai Manga (dessin de Hokusai), il s’agit d’album de croquis ou il décrit la vie des hommes, des scènes mythologiques, des animaux, des plantes et des paysages. A la fin des années 1820 il réalisa des séries de gravure de paysages, d’animaux. Vers 1825-1830 il publie cinq estampes illustrant le Hyaku monogatari, histoire de fantômes.
Il réalisa vers 1831 sous le pseudonyme d’Iitsu sa célèbre série des trente-six vues du mont
Fuji, Fugaku Sanjurokkei, édité par Nishimuraya Yohachi et composée curieusement de 46 planches. En 1834 il réalisa la série des
cents vues du mont Fuji, Fugaku Hyakkei. En 1834 il part s’installer dans la péninsule de Miura. Il revient à Edo en 1836. Vers 1839 il produit vingt sept planches de paysages illustrant les
Hysakunin isshu uba ga etoki, Cent poème racontés par une vieille
femme. En 1839 il perd dans un incendie tout ses biens. Malgré cela il continu à travailler jusqu'à sa mort en 1849 à Edo dans le quartier d’Asakusa.
Pour signer ses œuvres Hokusai changeait souvent de pseudonymes, on en connaît au moins une cinquantaine. Ce changement de pseudonyme indique chaque fois un changement d’attitude intellectuelle, un effort de renouvellement. Mais cela traduisait aussi une vie agité ainsi, par exemple, il déménagea 93 fois et se maria deux fois.
Hokusai s’intéressait à tout les courant picturaux qu’ils soient japonais ou étranger. Il réussit notamment la synthèse dans ses
trente six vues du mont Fuji entre l’influence occidentale dans l’adoption d’un point de vu très bas (la ligne d’horizon est basse, car il y a utilisation de la perspective linaire) et la tradition sino-japonaise d’un étagement des plans pour marquer la profondeur de champ (plus un plan, un objet, est loin plus il se trouve être haut dans la composition, de ce fait la composition est très haute).
Hokusai est l’un des auteurs les plus prolifiques avec une production de près de 13 500 planches.
- Hokusai, Les trente-six vues
du mont Fuji, Kajikazawa dans la province de Kai, 1831.
- Hiroshige Utagawa (1797-1858)
Il est né à
Edo, son père Andô Gen’emon était officier de
la brigade
du feu des Tokugawa. Après la mort de ses parents, sa mère meurt en 1809 et
son père un an plus tard, il est adopté par la famille Andô. En 1811 il entre
à l’école d’Utagawa Toyohiro (1774-1829) élève de Toyoharu grand maitre
de l’ukio-e. Toyokuni condisciple plus doué de Toyohiro l’ayant
refusé. En 1812 son maitre lui permet de prendre le nom d’artiste d’Utagawa
Hiroshige. En 1818, il réalise sa première illustration de livre sous le nom
d’Ichiryûsai Hiroshige. Durant cette période il étudie le style Kanô et
Shijô, qui l’influenceront ultérieurement. En 1827 il est alors marié et père
d’un enfant il abandonne sa charge de pompier, hérité de son père, à un
neveu. Jusqu’en 1829 il se consacre aux portraits de femmes et d’acteurs
ainsi que d’images de fleures et d’oiseaux. Après la mort de Toyohiro, il
reprend son atelier sous le nom de Toyohiro II. En 1830 l’éditeur Kawaguchi
Shôzô lui commande une série de 10 vues d’Edo, « Lieux célèbres
de la capital de l’Est » début de sa carrière de peintre
paysagiste. En 1832 sont publiés sous le pseudonyme d’Ichiryusai les Sakana
zukushi, "Dessins de poissons glissant à travers les eaux".
La même année le gouvernement lui demande ou lui permet d’accompagner une délégation
du shogunat, venant offrir des chevaux à l’empereur, jusqu’au palais impérial
(à Kyoto). Cela lui permet de faire durant ce voyage le long du Tôkaido de
nombreux dessins et croquis. De la naitra l’un de ses chef d’œuvre paru en
1833/34, la série des « 53 étapes de la route du Tôkaidô »,
Tôkaidô Gojûsan-tsugi, qui lui vaut la célébrité. Par la suite il réalise
d’autre série portant sur le même sujet. En 1835 il entreprend une série de
70 paysages du Kiso-kaidô (autre nom de la route du Nakasendô), il n’en réalise
que 46 finis vers 1839. Il continu ses voyage pour trouver l’inspiration,
ainsi de mai à décembre 1841 il voyage
dans la région de Kai, en 1852 dans les provinces de Kazusa et d’Awa et en
1854 il retourne à Kyoto. Sa production est alors prolifique par exemple les
« 36 vues du mont Fuji », Fuji Sanjurokkei. Vers 1850
il adopte un nouveau un nouveau format d’impression verticale au lieu
d’horizontal. En 1856 il commence une nouvelle série intitulé Meisho Edo
hyakkei, « Cent endroits célèbres d’Edo » qui aura une
grande répercussion sur les peintres occidentaux, ainsi Van Gogh en copia une
à l’huile. Hiroshige meurt en 1858 durant une épidémie de Choléras et fut
enterré dans le quartier d’Asuka à Edo.
La force des compositions d’Hiroshige et d’avoir su retranscrire par un usage habille du coloris les différentes heures de la journée ainsi que de resituer le rythme des intempéries.
Sa production
est estimé à 55000 estampes
auxquelles il faut ajouter quelques essaies de peinture ses dessins et ses
esquisses.
- Hiroshige, La route du Tôkaido, Station 45, Shono-L'averse,
cachet Hôeidô.
- Hiroshige, La route du Tôkaido, station 15, Kambara-Nuit
de neige, cachet Takeuchi.
+ Lien
- Un Glossaire du vocabulaire des estampes :
http://www.estampes-japonaises.org/glossaire/
Dictionnaire:
- FREDERIC Louis, Le japon, dictionnaire et civilisation, éditions Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 1996.
- Encyclopédie Universalis 2005
Ouvrages généraux:
- KIDDER JR. J. Edward, Arts du Japon, Nathan, Paris, 1985.
- KOZYREFF Chantal, Les arts du Japon à l’époque d’Edo, 1603-1868, La renaissance du livre, Tournai, 2003.
- MURASE Miyeko, L’art du Japon, Le livre de poche, collection encyclopédies d’aujourd’hui, 1996.
Ukiyo-e :
- Ouvrage collectif sous la direction de Gabriele Fahr Becker, L’estampe japonaise, Taschen, 2002.
- BAYOU Hélène, Images du monde flottant : peintures et estampes japonaises : XVIIe-XVIIIe siècles, Réunion des musées nationaux, Paris, 2004.
Ouvrages spécialisés:
- Hiroshige, la route du Tôkaidô, textes et notices de Madeleine P.-DAVID, Edition Musées d'Angers, 3éme ed, Angers, 1999.