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La garde, Tsuba


tsuba

- Tsuba décoré d’une grenouille, fer, 7 x 6,8 x 0,6 cm (hauteur x largeur x épaisseur), période d’Edo, The Ashmolean Museum of Art, Oxford. DR

I. Histoire du tsuba des origines à la fin de l’époque de Kamakura

L’origine du mot tsuba se trouve dans la contraction du terme tsumeha qui peut à la fois signifier « retenir » mais aussi « glisser ». En effet, la garde du sabre protège la main du sabreur, mais évite aussi que sa main ne glisse sur la lame de son sabre.

L’évolution du tsuba au travers du temps suit en grande partie l’évolution du sabre dans l’archipel nippon.

Les premières gardes sont apparues avec l’introduction des sabres coréens et chinois au VIème siècle après JC. La garde de ce type de sabre est appelée généralement tama tsuba.
Les forgerons indigènes vont rapidement se mettre à forger des gardes de sabres et c’est ainsi qu’à l’époque Nara apparaît le shitogi tsuba, qui tire son nom d’une galette de riz utilisé comme offrande dans le rituel shintô.
La fin de la période Heian voit l’apparition d’une nouvelle garde le aoi tsuba.

A l’époque de Kamakura apparait un autre type de garde baptisé nerikawa tsuba. Ce tsuba était constitué de rondelles de cuir renforcées par des plaques de fer ou de cuivre rouge et le tout laqué de noir.
Avec l’évolution du mode de combat, les guerriers japonais adoptent pour certains, vers la fin de l’époque Kamakura, un très grand sabre appelé ôgatana. Ce dernier dispose d’un tsuba de grande taille.

tsuba

- Tsuba, fer, vers 1450-1550, Victoria and Albert Museum, Londres.

II. Les trois types de tsuba de l’époque Muromachi

A partir de l’époque Muromachi on peut diviser les gardes en trois catégories selon les artisans qui les fabriquaient :

- Les tsuba de kotôshô fabriqués par les forgerons.
- Les tsuba de kokatchûshi fabriqués par les armuriers.
- Les tsuba de kagamishi fabriqués par les miroitiers.

A. Kôtoshô tsuba

Ce type de garde est apparue vers le premier quart du XIVème siècle et fut produit jusqu’à l’époque de Momoyama date à laquelle, deux des plus grands forgerons de l’histoire des tsuba, Nobuie et Kaneie créèrent un nouveau type de tsuba.
Le kôtoshô tsuba est de forme ronde, son diamètre se situe entre 8 et 9,5 cm. Son épaisseur varie de 1,8 mm sur les bords à 3 mm en son centre autour du nakago ana, le trou central par lequel passe la soie du sabre. Les deux faces du tsuba sont martelées. Les kôtoshô tsuba ne sont jamais polis. Ils ne disposent que du trou central. Ils étaient également recouverts de laque noire, mais peu de kôtoshô tsuba ont conservé leur laque avec le temps.
Ce type de tsuba était sans doute fabriqué avec les surplus de matériaux utilisés pour la forge d’un sabre. Le fait que ces tsuba présentent la même structure en couches que les sabres vient renforcer cette hypothèse.

La mode évoluant, les kôtoshô tsuba ont été mis aux goûts du jour durant les périodes suivantes.
C’est ainsi qu’ils ont pu être découpés pour laisser passer le kozuka et le kôgi. Ils furent également ajourés, pour alléger leur poids mais aussi dans un but décoratif. Les motifs de ces découpes représentaient les thèmes chers à la classe guerrière qui régnait alors, à savoir le bouddhisme, la nature et les objets usuels.

B. Kokatchûshi tsuba

Ce type de tsuba apparaît vers le milieu du XIVème siècle. Les kokatchûshi tsuba se distinguent des kotôshô tsuba par leur taille, leur ligne médiane peut atteindre 12 cm, et leurs bords renforcés, dote mimi.
La surface du tsuba est martelée ou polie.
Les premières décorations sont faites autour du nanako ana, le trou fait pour laisser passer la soie de la lame. Puis, avec l’apparition des premiers kôgi et kozuka, deux trous sont fait de part et d’autre du nanako ana. Le trou destiné à laisser passer le kozuka est en forme de demi-lune et celui pour le kôgi est en une forme trilobée.

C. Kagamishi tsuba

Ces tsuba en fer étaient fabriqués par les miroitiers. Ils ressemblaient aux miroirs en bronze de l’époque. La décoration était simple tel par exemples des lignes gravées parallèlement au mimi. La production des kagamishi tsuba fut peut importante.

III. Les tsuba à l’époque de Muromachi et d’Edo

A l’époque de Muromachi, un nouveau sabre apparaît, l’uchigatana, dont découlera plus tard le katana. L’uchigatana était pourvu d’une garde de forme similaire aux tsuba des époques précédentes mais d’un diamètre plus petit.
C’est à partir de la fin de la période Muromachi que le tsuba devient un objet de prestige. Dès lors, la décoration des tsuba devint de plus en plus élaborée, notamment le décor ajouré. Ces tsuba élaborés furent appelés yô sukashi tsuba.

L’époque d’Edo est une période de paix et par conséquent la fonction ornementale du Tsuba prend le dessus sur sa fonction pratique. Le tsuba devient un accessoire de mode et les porteurs de sabre changent la garde de leur katana en fonction de leur goût.
Durant la période d’Edo, c’est la forme arrondie qui est la plus produite, cela s’explique notamment par le fait que le shogunat avait interdit la grande garde carrée car susceptible de faciliter l’escalade d’un mur.
A la fin du XVIIème siècle, les marchands sont autorisés de nouveau à porter un sabre court ce qui provoque une hausse de la demande d’accessoires pour leur sabre, tel le tsuba, et qui entraine donc une prolifération d’écoles d’artisans notamment à Kyoto et à Edo. L’une des plus célèbres écoles est celle de la famille Goto.

IV. Nomenclature du tsuba

- Mimi : le bord.
- Kozuka-hitsu : ouverture pour le passage du kozuka.
- Kogai-hitsu : ouverture pour le passage du kogai.
- Nakago-ana : ouverture pour le passage de la fusée.
- Seppa-dai : partie recouverte par les seppa.

tsuba

- Tsuba représentant une tortue de longévité, style de Settsu, époque de Momoyama, ère Tenshô (1573-1591), Musée Guimet, Paris.DR

-> Le tsuba peut adopter plusieurs formes :

- Maru-gata : section ronde.
- Tate-maru-gata : plan ovale ou en larme.
- Mokko-gata : bordure quadrilobée.
- Kiku-gata : forme de chrysanthème.
- Hashi-gaku : hexagonale.
- Nade-kaku-gata : tracé rectangulaire à bords arrondis.
- Kaku-mimi : carré.
- Kaku-mimi-koniku : pourtant carré à angles arrondis.
- Maru-mimi : arrondi.
- Namban-gata : toutes formes, décor en arabesques.
- Ho-o-gata : bord rond ou ovale, décor au phénix.
- Mukade-gata : périmètre circulaire, décor en rayons.
- Shingen-gata : ligne arrondie, décor concentrique.
- Naga-maru-gata : plan ovale.
- Sukinokoshi : bord relevé.
- Hamidashi : ronde à échancrures latérales.
- Dote-mimi : bord tubulaire creux.


« Jamais le génie décoratif des Japonais ne s’est affirmé avec autant d’éclat que dans les gardes de sabre, qui sont en général, des chefs-d’œuvre de composition décorative et d’exécution. Le port du sabre était un privilège dont les samouraïs et les daïmios étaient fiers : aussi n’est-il pas surprenant de voir avec quel soin ils en ont fait décorer les gardes.»

- Sous la dir. d’MARTIN Henry, L’art japonais, Paris, Librairie d’art R. Ducher, 1926.


Voir la vidéo sur YouTube de la réalisation d’un tsuba selon des techniques, en grande partie, traditionnelles :


Partie 1


Partie 2



"Herbes folles de l'été-
où frémit encore
le rêve des guerriers!"

- Matsuo Bashô