
- Armure de type dômaru, vers 1600, musée de l’Armée (Hôtel des Invalides, Paris). DR
L’armure du guerrier japonais a évolué tout au long de l’histoire en fonction des changements apparus dans la façon de combattre sur les champs de batailles de l’archipel.
- Haniwa guerrier, région du Kantô (?), fin de l'époque Kofun, VIème siécle, Musée Guimet, Paris.DR
Les plus anciennes armures connues datent de la période Kofun (III-VIIIème siècle). Elles ressemblent beaucoup aux armures chinoises de la même période, comme en témoigne notamment les haniwa, « cylindre de terre cuite » (figurines funéraires), guerriers de la dernière phase de la période Kofun.
De rares vestiges archéologiques et quelques documents permettent de déterminer l’existence de plusieurs types d’armures. C’est ainsi que l’on distingue trois types d’armures à l’époque Kofun (les noms donnés aux armures l’ont été par les scientifiques à l’époque contemporaine, leurs désignations originelles sont inconnues).
- Armure Tanko, plaques en fer tenues par des lacets de cuir. Cette armure vient Du tumulus d'Omaruyama. Période Kofun, IVème siècle. Musée National de Tokyo. DR
- Armure Tanko, plaques de fer rivées entre elles. Provient du Tumulus de Tsukando. Période Kofun, Vème siècle. Musée National de Tokyo. DR
Le type tankô (littéralement « carapace courte ») aurait pour origine les armures primitives composées de plastrons en bois et dont elle aurait conservé le mode d’attache de ses éléments. L’armure tankô se composait d’un corset formé d’une combinaison de segments et de plaques transversales métalliques (souvent du bronze) cousus au moyen de lanières de cuir ou rivetés entre elles. L’aspect de la jupe de l’armure tankô varie. Elle peut se composer de plaques transversales attachées ensemble par des courroies en cuir (le cas le plus courant), mais aussi de lamelles attachées les une aux autres comme des écailles de poissons (peut être une évolution de l’armure tankô reprenant la jupe de l’armure keikô).
Le type keikô (littéralement « carapace suspendue ») s’inspire des armures chinoises à lamelles des époques Tong et Song. Dans cette armure les lamelles, sane, étaient lacées par des lanières de cuir ou bien rivetés entre elles pour former des plaques semi-rigides. Cette armure était renforcée au niveau de la poitrine et des hanches par une seconde rangée de lamelles. Elle s’ouvrait sur le devant. De la laque était utilisée pour protéger le métal de la corrosion.
Durant l’époque Kofun se distingue deux sortes de casques.
Le casque de style shôkaku ou shôkaku-tsuki qui se distingue par un « bec de perroquet» frontal (une protubérance à l’avant du casque) et sa forme en coque de bateau renversée.
L’autre casque est le casque de type mabizashi-tsuki qui se distingue par une visière frontale et par une pointe sur le haut du casque en forme de diabolo. Il est apparu aux environs du Vème siècle. De par sa forme, il est probable qu’il s’agisse d’une copie d’un casque précédemment fabriqué sur le continent, Chinois ou Coréen.
- Casque à visière. Provient du tumulus d'Otsuka. Vème siècle. Musée National de Tokyo. DR
Les fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour plusieurs boucliers de forme rectangulaire. De par leur taille importante, ils devaient être réservés aux fantassins.
- Bouclier en fer. Il fut conservé à Isonokami-Jingu à Nara. Période Kofun, Vème siècle. Musée National de Tokyo.DR
A partir de la fin du VIIème siècle débute la lente évolution de l’armure de type keikô qui aboutira à l’armure de type ôyoroi.
Au XIIème siècle, le port de l’armure de type ôyoroi se généralise. Elle se caractérise par un assemblage de lamelles de cuir ou de fer, assemblées au moyen de lacets en rangs horizontaux se chevauchant en un montage vertical avec des plaques de fer comme renforts aux endroits les plus vulnérables. Les lamelles sont recouvertes de laque pour les protéger de l’humidité. Ce type d’armure est pourvue d’une ouverture unique sur le côté droit.
Cette armure répond aux besoins des aristocrates d’alors qui combattaient dans leur majorité comme des archers à cheval. Ces derniers devaient être protégés tout en ayant les deux mains libres. Pour se faire, le cavalier dispose de deux grandes plaques, les sode, couvrant les épaules jusqu’au coude. Elles remplissent la fonction de bouclier. Au niveau du casque, le shikoro, couvre la nuque et les côtés du cou. La partie avant du casque, le fukigaeshi, sert à protéger les joues, elle est tournée vers l’extérieur et est tirée en arrière. Pour protéger les cuisses des tassettes, kusazuri, formées de quatre morceaux sont suspendus au bas de la cuirasse. Le poids total de l’ôyoroi est d’environ 28 kg.
- Casque, époque Edo, musée de l’Armée (Hôtel des Invalides, Paris). DR
- Armure de type tosei gusoku exposée au musée
des Invalides
Les deux tentatives d’invasion mongole (en 1274 et 1281), provoquent de graves troubles dans la société japonaise qui entraînent la chute du premier shogunat(1333). S’en suit une période d’instabilité émaillée de nombreuses guerres qui ont pour théâtre d’opération les régions montagneuses. Ce terrain peu propice aux archers à cheval favorise le combat d’infanterie. La nécessité de combattre à pied entrainera l’apparition d’un nouveau type d’armure plus légère, le dômaru qui se caractérise par un simple enveloppement de lamelles flexibles sur le tronc et l’augmentation des tassettes de la jupe-braconnière (braconnière : pièce d’armure qui protégeait le bassin et les cuisses), au nombre de huit pour ne pas gêner les mouvements de jambes.
- Armure de type dômaru, vers 1600, musée de l’Armée (Hôtel des Invalides, Paris).DR
- Détail de l'armure de type dômaru, musée de l’Armée (Hôtel des Invalides, Paris).DR
- Détail de l'armure de type dômaru, musée de l’Armée (Hôtel des Invalides, Paris).DR
A la même époque apparait l’harakami, « qui enveloppe le ventre », armure légère destinée aux hommes de troupes et donc facile à produire en série. Elle est composée d’une cuirasse métallique ou en cuir et d’une jupe-braconnière. Elle avait l’avantage d’être très légère et de pouvoir se porter par dessus ou par dessous le vêtement se qui la rendit populaire bien au-delà du cercle des simples fantassins. Elle s’attachait dans le dos et non sur le coté droit.
- Armure de type domaru, époque Edo, musée de la demeure Aoyagi-ke, Kakunodate. DR Pour en savoir plus sur Kakunodate, cliquez ici.
Au XVIème siècle, la guerre fait rage entre les grands seigneurs. Avec l’apparition, en 1543, des armes à feu (introduites par des naufragées portugais), la guerre devient de plus en plus meurtrière. L’armure se doit donc d’être efficace et fabricable rapidement. Apparaît alors une armure perfectionnée dite tosei gusoku, « moderne ». Elle se compose d’éléments pris aux différentes armures antérieurs.
Les éléments principaux de cette armure sont : une cuirasse qui se sépare en deux parties (l’avant et l’arrière) et qui s’attache de chaque coté, de courtes épaulières, des brassards avec mitons (miton : gantelet formé d’un pouce articulé et d’une plaque de protection pour les autres doigts), d’une jupe-braconnière à sept tassettes, d’un tablier d’armes à cuissards et de jambières souvent dotées de genouillères.
- Armure de type Kon ito sugake odoshi yokohagi do tosei gusoku, entre 1751 et 1763, assemblage de plaques pleines en acier laqué. Cette armure est aux armes des Tsuchiya et porte le signature de Kino maitre de l'école Myôchin. Musée de l’Armée (Hôtel des Invalides, Paris). DR
- Bas de l'armure de type Kon ito sugake odoshi yokohagi do tosei gusoku, Musée de l’Armée (Hôtel des Invalides, Paris). DR
Avec l’avènement de l’époque Edo (1603-1868), l’armure perdit son côté fonctionnel pour devenir un objet d’apparat, un objet d’art, servant avant tout à montrer la puissance et la richesse de son détenteur.
- Armure d'exposition de type tosei gusoku, fin XIXème, collection particulière. DR
- Détail des Kusazuri et Haidate. DR
- Revers d'une tassette (Kusazuri). DR
- Revers d'ue protection d'épaule (Sode). DR
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