
- Armures de samouraïs, Musée de l'Armée (Hôtel des Invalides, Paris).DR
Au cour de l’histoire du Japon, les hommes de guerre ont été qualifiés de différentes manières. On peut ainsi donner une définition succincte pour les différents types de guerrier :
- Mononofu (« homme chose », utilisé jusqu’au VIIIème siècle), tsuwamono,musha : termes utilisés en vieux japonais, pour désigner les hommes d'armes.
- Bushi : mot d'origine chinoise apparu au plus tard au VIIIème siècle. Sa première mention connue se trouve dans un article du Shoku Nihon-gi datant de 721 ou il désigne les fonctionnaires militaires. A partir du VIIIème siècle certains propriétaires terriens commencèrent à accroitre leurs territoires aux dépends notamment des terres publiques. Ils devinrent ainsi de grands propriétaires terriens, appelés par les historiens zaichi-ryôshu (seigneurs résidents). Pour défendre leurs biens, ils commencèrent petit à petit à s’armer et devinrent alors des hommes armés (tsuwamono). Quand les guerres civiles commencèrent à partir du IXe siècle, les commandants des armées belligérantes ainsi que les gardes des empereurs étaient des bushi. Au cours de ces guerres, de grands propriétaires se sont intégrés par des alliances à des communautés de guerriers (bushidan) devenant à leur tour des bushi. A la tête de ces clans guerriers se trouvaient des généraux appelés tôryô (littéralement piliers).
A partir de la fin du XIème siècle ce terme a remplacé progressivement ceux qui désignaient les hommes d’armes (à l’exception de celui de saburai). Durant l’époque Kamakura, le bakufu (gouvernement militaire) entraine une féodalisation des bushi par l’institution du système des gokenin : l’établissement d’un rapport contractuel entre le bakufu, qui accorde des terres aux chefs (sôrôyô) de clans guerriers (bushidan), en échange de leur obéissance et de leur fidélité. Ces clans connus sous le terme générique de kamakura bushi ont formé le noyau dur de l’armée shogunal. A la fin de la période Kamakura à la suite de changements survenus dans la société rurale, de nouvelles unions guerrières apparaissent fondées sur des critères de proximité géographique et d’intérêt matériel. De ces luttes les shugo (à l’origine les gouverneurs militaires du bakufu) sortirent vainqueur, prenant le nom de shugo-daimyô, ce qui leur permit de dominer de vastes territoires, devenant de grands seigneurs féodaux. Mais les kokujin (gens du pays), vassaux des shugo-daimyô supportèrent mal cette domination et les plus puissants profitèrent de la guerre civile de Ônin (qui débute en 1467) pour prendre la place de leurs seigneurs. Les nouveaux seigneurs appelés sengoku-daimyô, maintiennent le système féodal alors appelé chigyô-seido. Au XVIIème les Tokugawa réorganisent la société et mettent en place une noblesse militaire très policée. Pour ce faire ils « cassent » le système féodal basé sur la concession de fiefs. Dès lors, les bushi ne sont plus rattachés à la terre et deviennent des bureaucrates. Le terme bushi désigne désormais les guerriers, titulaires d'un titre de noblesse, qui les autorise à porter les deux sabres, l'un court, l'autre long.
- Saburai ou samurai : terme apparu au VIIIème siècle pour désigner les gardes de la cour impériale et de la haute noblesse. Ce mot est tiré du verbe saburo, « rester auprès de » ou « être au service de ». L'idée de subordination au seigneur était donc à l'origine plus forte dans l'emploi du terme samurai que dans celui de bushi. Pour Thomas Cleary l’apparition des samouraïs est due à la polygamie dans la haute société, car l’héritage du père ne se divisait pas entre les fils mais revenait à un fils unique. Par conséquent ces fils « déchus » n’avaient que le choix entre la religion, en entrant dans les ordres, ou le métier des armes en devenant samurai. Au XIIème siècle les samurais furent réorganisés par le bakufu (« gouvernement sous la tente », gouvernement militaire dirigé par Shogun) : leur qualité devint héréditaire et ils devaient désormais suivre un code de l’honneur appelé Kyûba no Michi (Voie de l’arc et du cheval). C’est aussi durant l’époque Kamakura qu’apparaissent les samurai-paysans (jizamurai, ji-samurai), qui comme leur nom l’indique étaient des exploitants agricoles, qui servaient sous les armes à la demande de leur seigneur. A l’époque Edo le mot samurai s'appliquait dans le langage populaire sans distinction à tous ceux qui portaient le sabre.
Bibliographie:
Dictionnaires
- FREDERIC Louis, Le japon, dictionnaire et civilisation, éditions Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 1996. (1 470 pages)
- Ouvrage collectif sous la direction de IWAO Seiichi, IYANAGA Teiz, ISHII Susumu, Dictionnaire historique du Japon, Maisonneuve et Larose, Paris, 2002.
Ouvrages généraux
- KOZYREFF Chantal, Les arts du Japon à l’époque d’Edo, 1603-1868, La renaissance du livre, Tournai, 2003.
- KURE Mitsuo , Les samouraïs, histoire illustrée, éditions Philippe Picquier, 2003.
- SINCLAIRE Clive, Samurai, The weapons and spirit of the Japanese warrior, The Lyons Press, Connecticut, 2004
- CLEARY Thomas, Code d’honneur du samouraï, Une traduction moderne du Bushidô Shoshinshû de Taïra Shigesuke, Alphée, Monaco, 2005.
Ouvrages spécialisés
- BONGRAIN Gilles, Le katana, Crépin-Leblond, Chaumont, 2004.
- Armes japonaises dans les collections privées, Galerie Robert Burawoy, Paris, 1977.
"Prépare-toi à la mort
prépare-toi
bruissent les cerisiers en fleurs"
- Kobayashi Issa