La poésie japonaise


poesie

P. Tourenne

"La poésie du Yamato a pour racine le coeur humain et pour feuilles des milliers de paroles. En ce monde, où les hommes vont sous les occupations les plus touffues, la poésie, c'est de laisser s'exprimer son coeur à travers les choses qu'on voit et qu'on entend."


- Ki no Tsurayuki, Préface du kokinshû, anthologie poétique présentée à l'empereur Daigo le 18 du 4éme mois de la 5éme année d'Engi (le 25 mai 905), traduction de G.Bonneau, 1933.


I. Le haïku

A. Origine et définition du haïku

B. Biographie de grands maitre du haikai-hokku

II. Le senryu

III. Le waka

A. Le tanka

B. Le sedôka

C. Le chôka 

IV. Les Reizei une famille au service de la poésie


Bibliographie




I. Le haïku


A. Origine et définition du haïku

Au XVIème siècle le terme haikai est utilisé pour désigner le caractère de certaine composition de poème collectif (renga). Ce qui amène l’apparition d’un nouveau genre appelé haikai no renga (création collective de caractère espiègle). Ce genre est au début de l’époque d’Edo appelé de façon abrégée haikai. C’est alors qu’apparaît le genre haikai-hokku, le hokku étant le premier tercé du tanaka. Ce genre est popularisé en particulier par l’école Teimon fondé par Matsunaga Teitoku (1571-1653) qui avait contribué à l’indépendance du hokku. Au début du XXème siècle l’appellation de haïku, contraction de haikai-hokku, se généralise. 
Le haïku ou haïkaï est un poème court de 3 vers en 17 syllabes, selon un schéma 5-7-5. Le terme haïku a été créé par Shiki Masaoka (1867-1902). Les haïkus doivent suggérer une idée, un fait, une impression fugitive. Ils avaient pour thèmes traditionnels la nature.


Les cigales vont mourir
Mais leur cri
N’en dit rien


- Matsuo Bashô (1644-1694), Haïku, Anthologie du poème court japonais, Gallimard, collection nrf, 2002.


B. Biographie de grands maitre du haikai-hokku


- BASHO Matsuo (1644-1694), de son vrai nom Matsuo Munefusa, il est issu d’une famille de bushi vassale des châtelains d'Ueno dans la province d'Iga. A la suite de la mort de son seigneur en 1666, il part pour Tokyo ou il étudie l’art du haikai-hokku et du waka sous la direction de Kitamura Kigin (1624-1705). En 1681 il devient moine zen et se retire à l'ermitage au bananier (Bashô-an) dans un faubourg d'Edo. Il prend dés lors pour pseudonyme le nom de son ermitage, Bashô. L'incendie de son ermitage en 1683, marque le début d'une période ou Bashô fera de nombreux voyages accompagné ou non de disciples. Il mourut durant un de ces voyages à Osaka. 
Bashô a composé les récits de ses voyages sous forme de haibun. Ces récits sont au nombre de cinq : Nozarashi-kiko, un voyage dans sa province natale, de l'automne 1684 à l'été 1685. Kashima-kiko, voyage à Kashima, en 1687-1688. Oi no Kobumi, suite du précédent voyage par Yoshino. Sarashina-kiko, à l’automne 1688, qui marque le retour à Edo par la province de Shinano. Oku no Hosomichi, du printemps à l'automne 1689, long périple qui mène Bashô et un de ses disciple d'Edo à Ise, en passant par les provinces septentrionales. L’un des principes de son art poétique repose sur le couple invariant-fluant (fueki-ryûkô), l’invariant étant ce qui dans la nature ou l’homme ne change pas, le fluant en est l’expression et varie selon les situations.


- BUSON Yosa (1716-1784) peintre et poète, de son vrai nom Taniguchi Yosa est né près d'Osaka, dans la province de Settsu. Il quitte son village pour se rendre à Edo, où il fut l'élève d’un disciple de Bashô. A la mort de ce dernier en 1742, il quitte la capitale shogunale pour mener une vie d'errance et de dénuement, parcourant les provinces du Nord sur les traces de Bashô. En 1751, il se rend à Kyoto ou il y reste trois ans (1754-1757) puis part pour la région de Yosa (province de Tango), ou il se fixe définitivement. Il a composé plus de 3 000 haïkus qui s’inscrivent dans la ligne de ceux de Bashô. Son recueil le plus connu est Hokuju Rôsen o Itamu (Elégie à Hokuju Rôsen) publié en 1745.


- KOBAYASHI Issa (1763-1827), est né dans la province de Shinano. Comme Bashô il se fit moine itinérant. Il a publié plusieurs recueils de ses haïkus tel Kansei-kuchô (1794), Chichi no Shûen Nikki (1801), Oraga Haru (1819), etc…


- SAIKAKU Ihara (1642-1693), de son vrai nom Hirayama Tôgo est écrivain et poète est né à Osaka. Il a étudié les haïkaïs de l’école Teimon, puis à l’école Danrin. C’est vers trente an qu’il prit le pseudonyme de Saikaku, Ihara étant le nom de sa mère. Il publie son premier recueil, Ikutama manku (les Dix Mille [Hai]ku d'Ikutama), en 1673. Auteur prolifique, l’histoire veut qu’il est écrit en une seule journée 23 500 ku (en 1680) gagnant là son surnom de Niman-ô (le seigneur des vingt mille). On peut diviser son œuvre romanesque en trois périodes. La première de 1682 à 1686 concerne surtout les histoires galantes tel Kôshoku Ichidai Otoko (Vie d’un ami de la volupté) de 1682. La seconde période de 1686 à 1688 marqué par des histoires guerrières tel Budô Denrai-ki. La troisième période de 1688 à la fin de sa vie ou il raconte la vie des chônin, par exemple dans Seiken Munesan’yô (les comptes) de 1693. 


matsushima

- Paysage de Matsushima

II. Le senryu


Le senryu est une forme de poésie semblable au haïku avec la même structure. Seul le thème diffère. Le senryu n’a pas pour sujet la nature mais les faiblesses humaines.


III. Le waka


Le waka constitue la poésie japonaise traditionnelle. Dans la composition de ce genre de poème la règle interdit d’utiliser des mots chinois qui sont réservés à la poésie traditionnelle le kanshi. L’on distingue plusieurs types de waka :


A. Le tanka 

Il est constitué de deux parties qui se répondent. La première est un tercé de 17 syllabes d’une structure 5-7-5 (c’est l’origine du haïku) ; la deuxième est un distique de 14 syllabes selon une structure 7-7. De par sa forme le tanka peut être écrit à plusieurs auteurs, la deuxième partie répondant à la première. 


Waka no ura ni
shio michi-kureba
kata won ami
Ashibe wo sashite
nazu naki-wataru.

Quand dans la baie de Waka
la marée montante
recouvre le sable
Alors, gagnant les roseaux,
les grues traversent à grands cris.


- Yamabe no Akahito, Man’yôshû, VI, n°919, trad. G. Bonneau.


B. Le sedôka 


Il est constitué de 6 vers en 5-7-7-5-7-7 syllabes.


C. Le chôka 


Il est composé de verset en 2 vers de 5 et 7 syllabes. Il n’y a pas de limite imposée dans le nombre de versets.


IV. Les Reizei une famille au service de la poésie


Cette famille est issue du clan Fujiwara qui joua un rôle politique très important durant l’époque Heian. L’un des fils du grand chancelier de la Cour, Fujiwara no Michinaga (966-1027), Nagai (1005-1064) était un excellant poète et l’empereur Go Reizei (qui régna de 1045 à 1068) lui conféra le titre du honchôkasen seitô (c’est à dire représentant de la lignée orthodoxe de la poésie japonaise).
Trois générations plus tard, Toshinari (ou Shunzei, 1114-1204) compila sur ordre impérial une anthologie de poèmes, Senzai wakashû (Recueil de poème de Mille ans). Il composa aussi pour la princesse impériale Noriko le traité de poésie Korai fûtei shô. Son fils Sadaie (ou Teika, 1162-1241) compila aussi sur ordre impérial une anthologie, le Shin Kokinshû (Nouveau recueil de jadis et de maintenant). Mais sa célébrité est surtout due à la compilation du Hyakunin-isshu (Un poème de cent poètes), anthologie de la poésie classique qui lui est attribuée et qui fera de lui un « génie de la poésie » encore apprécié de nos jours. Si, à partir de l’époque Kamakura la Cour fut éloignée du pouvoir politique, elle n’en demeura pas moins le centre de la vie littéraire et intellectuelle. L’intérêt pour la poésie et les concours de poésie y furent toujours vifs. Les descendants de Sadaie firent de la poésie l’art particulier de leur « maison ». A la deuxième génération, la maison fut divisée en trois branches. La branche du cadet Tamesuke constitua le début de la famille Reizei. Le nom de Reizei « Fontaine fraîche », provient de celui de la rue de la capitale dans laquelle s’installa Tamesuke. La mère de Tamesuke est Abutsu-ni (morte en 1283), célèbre auteur du Izayoi-nikki (Journal de la seizième nuit). C’est au début du XVIIème siècle que Tamemitsu (1559-1619), neuvième chef de famille des Reizei s’installe à Kyoto dans une résidence située au nord de l’enceinte du palais impérial. C’est la que furent gardés de nombreux manuscrits souvent rare, parfois inédits, conservé par les Reizei depuis le XIème siècle. En tant qu’autorité incontestable dans l’art de la poésie, le chef de famille Reizei était tenu de présider la cérémonie de récitation de la poésie du Nouvel An à la Cour impériale. Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, Reizei Tametada (1824-1885) fut désigné comme rusui (gardien) du palais impérial de Kyôto, et par conséquent ne suivit pas le reste de la Cour dans la nouvelle capitale Edo (Tokyo). 


bushi_flûte

- Yoshitoshi, Fujiwara Yasumasa jouant de la flûte au clair de lune, panneau central du tryptique, 1833.



En guise de conclusion :


Kakinomoto no Hitomaro (fin du VII siècle), pleurant sur la mort de la dame de service (uneme) de Kibi no Tsu :

« Celle qui de la montagne en automne
Avait les belles couleurs
L’enfant dont comme un jeune bambou
La taille était flexible,
De quelle façon
Peut-elle penser ?
Longue comme une corde de fibre
Promettait d’être sa vie.
Elle fut la rosée
Qui, déposée le matin,
Au soir
A disparu.
Elle fut le brouillard
Qui, s’élevant le soir,
Au matin
S’est dissipé.
Même moi, qui appris cette nouvelle
Brusque comme le son d’un arc de catalpa,
De l’avoir si peu vue
J’ai des regrets…
Alors son époux,
Jeune comme une herbe nouvelle,
Qui dormait allongé à son coté
Comme un sabre plaqué au corps
Et l’entourait de son bras
Pour lui faire un oreiller,
Ne se sent-il pas désolé
De dormir en rêvant à elle ?
Ne la regrette-t-il pas,
Pensant à elle avec nostalgie ?
La fille a passé
Avant son temps,
Comme la rosée du matin,
Comme le brouillard du soir.»

- Kakinomoto no Hitomaro, trad D et V Elisseeff [Très légèrement modifiée]. In D et V Elisseeff, La civilisation japonaise, coll. Les grandes civilisations Arthaud.




Bibliographie:


- Frédéric Louis, Le Japon, dictionnaire et civilisation, éditions Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 1996.

- Dictionnaire de la civilisation japonaise, F. Hazan, Paris, 1994.

- Encyclopaedia universalis,  Paris, 2005.

- Catalogue de l’exposition « Miyabi, Art courtois du Japon ancien », Musée national des Arts asiatiques-Guimet, ouvrage collectif, RMN, Paris, 1993.