- Le buddha Amitâbha, bronze, Tokyo, quartier de Meguro, Banryûji, XVIIIème siècle, musée Cernuschi, Paris.
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A. L’arrivée du bouddhisme au Japon
B. L’émergence d’un bouddhisme japonais
C. Les courants shinô-bouddhique
D. Le bouddhisme durant la période Heian
E. Le bouddhisme durant la période Kamakura
F. Le bouddhisme des périodes Muromashi et Momoyama
G. Le bouddhisme durant l’époque d’Edo
Né en Inde au VIème siècle avant J-C, le bouddhisme est arrivé au Japon, via la Chine et la Corée, que 1 200 ans plus tard.
En Inde, le bouddhisme est apparu comme une alternative à l’absolu métaphysique du brahmanisme et notamment au cycle des réincarnations. En effet, pour Sâkyamuni il est possible d’échapper au cycle de la métempsycose en prenant conscience des quatre vérités. La première est que la vie n’est que souffrance car elle repose sur l’impermanence de toute chose. La deuxième est que la seule réalité est celle de la douleur causée par le désir et la soif de vivre. La troisième et qu’en supprimant le désir, on se délivre de la douleur. Il n’y a plus alors ni naissance, ni vie, ni mort. Enfin quatrième vérité, pour supprimer le désir il faut suivre le chemin de Bouddha.
Le bouddhisme est composé de deux tendances principales : le Petit Véhicule et le Grand Véhicule. C’est cette dernière tendance qui prévaut au Japon.
Le bouddhisme, bien que sans doute déjà pratiqué par les familles d’immigrés chinois et coréens (kikajin), a été introduit au Japon de manière « officielle » sous l’impulsion du souverain du royaume de Paekche en Corée qui envoya, en 538 ou 552, à l’empereur Kinmei, par l’intermédiaire d’une délégation de lettrés, une lettre dans laquelle il ventait, entre autre, les mérites du bouddhisme. En plus de son message le roi de Paekche, Songmyong, fit parvenir également à la cour de Yamato plusieurs rouleaux chinois des Saintes Ecritures et une image en bronze de Bouddha ainsi que d’autres présents du même acabit.
La venue du bouddhisme provoqua une division au sein de l’élite aristocratique du pays. Si la Cour et certains clans se convertirent à la nouvelle religion d’autres clans se montrèrent fortement hostiles à l’adoption du bouddhisme. Le clan Mononobe allié au clan Nakatomi, auquel appartenaient les prêtres de la religion indigène (shintô), étaient à la tête des opposants au bouddhisme. Face à eux se dressait le clan des Soga dont l’un des membres le plus éminent était le premier ministre Soga no Iname. Cette faction, très favorables à tout ce qui venait de Chine ou de Corée, soutenait les défenseurs d’une politique de réformes sur le modèle chinois. Une lutte s’en suivie de 550 à 587 date à laquelle le parti favorable au bouddhisme triompha.
C’est sous l’impulsion du prince Shôtoku (574-622), fils de l’empereur Yômei, que le bouddhisme fut adopté par l’ensemble de la cour impériale. Selon le Nihon Shoki, rédigé en 720, à la mort de Shôtoku, il y avait dans tout le Japon 46 temples, 816 religieux et 569 nonnes.
Dès lors le bouddhisme se trouva rapidement mêlé aux pratiques shintoïstes, ainsi par exemple, à la Cour on lisait des sûtras pour faire tomber la pluie.
Le bouddhisme et le pouvoir impérial étaient étroitement liés, c’est ainsi par exemple, qu’en 737 ou en 741 l’empereur Shômu ordonna la mis en place, sur le modèle établi en Chine par l'usurpatrice Wu Zetian, de monastères provinciaux (kokubun-ji). Ces monastères établis dans chaque circonscription administrative se composaient de deux temples distincts, l'un de vingt moines, l'autre de dix nonnes. Les religieux devaient consacrer leur temps à la récitation des sutras pour la protection de l'État et l'effacement des péchés. Ces monastères, qui bénéficiaient du revenu provenant d’un certain nombre de rizières, étaient placés sous l’autorité du Todai-ji de Nara.
En 710, le pouvoir politique quitte la ville d’Asuka pour s’installer à Nara (Heijô-kyô). De nombreux monastères seront fondés dans la nouvelle capitale.
L’implantation dans l’archipel de différentes sectes bouddhiques est favorisée par les multiples périples de religieux japonais en Corée et en Chine mais également par la venue dans la capitale de religieux coréens et sans doute chinois. Le VIIème siècle voit l’émergence de six sectes bouddhistes qui auront une grande influence sur la cour impériale de Nara. Il s’agit des sectes Kusha, Jôjitsu, Hossô, Sanron, Ritsu et Kegon. La cour impériale reconnaît les deux premières comme des sectes mineures et les quatre suivantes comme des sectes majeures.
- L’enseignement de la secte Kusha se fonde sur les textes du Kusharon, rédigé au Vème siècle par le moine indien Vasubandhu (Seshin), elle enseigne un matérialisme admettant à la fois la matière et l’esprit.
- Le texte sur lequel se fonde la secte Jôjitsu est un traité sanskrit, le Satyasiddhishâtra, du début du IIIème siècle écrit par un moine indien prénommé Harivarman (Karikatsuba).
- L’enseignement de la secte Hossô se base sur un texte sanskrit intitulé Yogâchâryabhûmishâtra (Yugashijiron) écrit au Vème siècle par un dénommé Asanga (Muchaku). Elle promeut une doctrine intermédiaire, le « moyen véhicule » (Madhyâyâna), entre le « grand » et le « petit véhicule ».C’est elle qui introduit la crémation au Japon, opération qui permet au corps humain, fait d’agglomérat de terre, d’eau, d’air et de feu, de retourner à son état primitif.
- L’enseignement de la secte Sanron se fonde sur quatre textes sanskrits, le Madhyâmikashâtra (Chûron) de Nâgârjuna (Ryûju), le Dvâdasadvarashâstra (Jûnimon-ron), le Shatashâstra (Hyaku-ron) et le Prajnâpâramitâshâtra (Daichido-ron). Cette secte suit les principes de la « voie du milieu ».
- La doctrine de la secte Ritsu s’appuie sur un texte sanskrit de la Dharmaguptavinaya (Shibunritsu) écrit par un chinois du nom de Daoxuan (Dôsen : 702-760). Elle relève à la fois du « grand » et du « petit véhicule ». Cette secte possédait le monopole, jusqu’en 822, d’ordonner tous les prêtres bouddhique japonais. Cette secte par son enseignement des principes de disciplines (vinaya pitaka) et de l’idée selon laquelle toute forme de vie est sacrée contribua à améliorer le comportement éthique et moral des fidèles.
- La secte Kegon aurait été introduite au Japon en 736. Elle se base sur deux textes sanskrits l’Avatamshakasûtra (Kengon-kyô) et le Dashabhûmivibhâshashâstra (Jûjibibasha-ron). Pour cette secte tous les êtres de l’univers peuvent atteindre la bouddhéité.
Dès l’apparition du bouddhisme au Japon, les bouddhas furent perçus comme l’équivalent des divinités traditionnelles japonaises. Cette perception de la nouvelle religion eu deux conséquences ; d’une part elle facilita grandement son assimilation par les japonais d’autre part cela favorisa l’émergence d’un syncrétisme shinto bouddhique (shinbutsu konko).
Ce courant connut une nouvelle évolution à l’époque d’Heian ou se forma la base théorique de ce syncrétisme avec l'apparition de la doctrine dite honji suijaku. Cet enseignement considère les divinités japonaises comme des émanations adaptées (suijaku) aux Japonais des grands buddha et bodhisattva du bouddhisme (honji, « base fondamentale »).
Cette doctrine s'épanouit au sein des écoles Tendai et Shingon sous les dénominations respectives de Ichijitsu-shintô (Shintô de l’unique Vérité) et Ryôbu-shintô (Shintô des deux parties de l’univers). Le premier courant est fondé sur le culte du kami gardien du mont Hiei, qui fut systématisé à l'époque d'Edo. Le second fait correspondre les deux mandalas avec les deux sanctuaires d'Ise et la déesse du soleil Amaterasu au buddha Vairocana.
L’une des résultantes les plus originales de ce syncrétisme shinto-bouddhique fut l’apparition
au XIIème siècle des yamanbushi. Ces adeptes de « la voie des pratiques miraculeuses » (Shuegndo) se réclament d’En no Gyoja (En no Ozunu), un sorcier thaumaturge qui vécue durant la période de Nara. Les yamabushi mêlaient le culte indigène des divinités des montagnes et des pratiques bouddhiques tirées de l’ésotérisme Shingon et Tendai. Cette doctrine se diffusa au travers des pèlerinages qu’effectuaient les yamabushi aux montagnes les plus vénérées.
Durant son règne l’empereur Kammu envoya vers l’empire du milieu des religieux avec pour mission d’approfondir la connaissance du bouddhisme. Cette opération amena la création de deux nouvelles sectes bouddhistes :
- La secte du Tendai fut fondée en 805 par Saichô (767-822) sur le mont Hiei. Saichô avait été formé sur le mont Tiantai en Chine. Son maître spirituel chinois était Tche-yi (538-597).
- La secte Shingon est apparentée à la secte chinoise du Shenyan. Cette doctrine fut ramenée de Chine par Kûkai, appelé aussi Kôbô daishi (774-835), en 806. Cette secte était entièrement tournée vers l’ésotérisme. Pour Kûkai la sagesse ultime de Bouddha ne peut s’atteindre que par un esprit au repos, le rythme des chants et par les gestes des mains puis et des différentes parties du corps. L’enseignement de cette secte comporte d’autres rituels tel la contemplation de diagrammes cosmiques ou l’ablution d’eau sacrée sur la tête.
Le bouddhisme de la période Heian se partage progressivement en trois tendances : les deux syncrétismes shintô-bouddhique et la secte d’Amida conçue par des religieux du Tendai-shû.
L’avènement de l’époque de Kamakura fut marqué par de nombreux troubles. Dans ce marasme ambiant des monastères comme le To-ji, l'Enryaku-ji, le Kofuku-ji cherchèrent accroîtrent leur puissance et n’hésitèrent pas à se servir de leurs moines comme guerriers (shoei).
L’établissement de la capitale politique à Kamakura entraîna l’apparition de nouveaux courants bouddhiques tel que les sectes de la Terre pure, l’école de Nichiren et la secte zen. Ce dernier courant eu un grand succès auprès des guerriers (bushi). Quant aux courants de la Terre pure ils furent extrêmement populaires dans le peuple.
- Le Jôdo Shin-shû, « nouvelle secte de la terre pure », fut crée par Shinran disciple de Hônen qui provoqua, à la mort de son maître, un schisme au sein du Jôdo-shû en publiant en 1224 son enseignement du Kyôgyôshinshô (c’est à dire doctrine, pratique, foi et réalisation). Un de ses disciples rédigea après sa mort un ouvrage intitulé Tannishô sur lequel se fonda l’enseignement de la secte du Jôdo Shin-shû. Dans ce livre le disciple de Shinran affirme que le seul fait d’avoir foi dans le vœu originel d’Amida et de réciter le Nembutsu avec sincérité suffisait à assurer une bonne renaissance dans le « paradis » d’Amida. Les religieux de cette secte furent également autorisés à fonder des familles, ce qui tranchait avec la traditionnelle séparation entre le clergé et le monde des laïcs. La secte Jôdo Shin-shû par la simplicité de sa doctrine fut populaire parmi le peuple.
- Les doctrines du Zen ont été importées de Chine par des religieux adeptes du Chan. En 1191 Eisai fonde au Japon la branche Rinzai. En 1227 Dôgen fonde la branche Sôtô.
- La Nichiren-shû fut fondé par Nichiren (1222-1282). Celui-ci fit reposer sa doctrine sur la Sûtra du Lotus, Hoke-kyô, dont l’invocation de son seul titre pouvait conduire au salut. Cette secte fut très populaire, mais mal vu des autorités.
Après le XIVème siècle, d’un point de vu de l’interprétation le bouddhisme cessa pratiquement de se renouveler au Japon.
La fin du XVème siècle voit le début de grands soulèvements populaires qui dureront près de cent ans. Ces révoltes, tel celles des Ikko-ikki, étaient le fait de gens du peuples, de samouraïs de basses classes le tout soutenu par certains monastères bouddhiques appartenant à l’école de la Terre pure.
Pour éliminer la menace des Ikko-ikki Oda Nobunaga et son successeur Toyotomi Hideyoshi menèrent, à la fin du XVIème siècle, différentes campagnes contre les grands centres monastiques, devenus des forteresses défendues par des moines-guerriers. C’est ainsi que l'Enryaku-ji, monastère de la secte Tendai fut incendié en 1571. D’une manière plus générale, Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi affaiblir grandement le bouddhisme en spoliant une grande partie des terres appartenant aux temples. Ces spoliations marquèrent le début d’un long déclin du bouddhisme au Japon qui perdura jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.
Dans sa lutte contre le christianisme le shogounat d’Edo comprit rapidement tout l’intérêt d’utiliser à son profit le réseau que constituaient les temples bouddhiques pour contrôler la population. Ce contrôle s’exerçait au travers du système de l’inscription paroissiale (danka seido) qui obligeait chaque famille à s’inscrire dans un temple en échange de quoi on remettait à la famille un certificat prouvant qu’elle n’était pas chrétienne.
Le pouvoir shogunal qui se méfiait de la puissance des sectes bouddhiques adopta deux mesures destinées à limiter leurs dangerosités. La première était que chaque secte devait posséder deux temples principaux. Le but étant d’affaiblir chaque secte en créant une rivalité entre ces deux temples principaux. L’autre mesure gouvernementale était l’interdiction faite aux sectes d’étudier une autre philosophie que le confucianisme, courant de pensée enseignant notamment le respect du pouvoir en place.
Bibliographie:
+ Dictionnaires
- FREDERIC Louis , Le japon,
dictionnaire et civilisation, Paris, éditions Robert
Laffont, collection Bouquins, 1996. (1 470 pages)
- Sous la direction de Berque Augustin, Dictionnaire de la civilisation japonaise, Paris, Hazan, 1994.
- Ouvrage collectif sous la direction de IWAO Seiichi, IYANAGA Teiz, ISHII Susumu,
Dictionnaire historique du Japon, Paris, Maisonneuve et Larose, 2002.
+ Livre
- ELISEEFF Danielle et Vadim, La civilisation japonaise, Paris, Arthaud, 1974.
+ Articles
- BERTHON Jean-Pierre, "Les grands courants religieux ", Japon, peuple et civilisation, La découverte, 2004.
- ROBERT Jean-Nôel, "Bouddhisme japonais", Encyclopaedia Universalis 2005.